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| BEAUTES ET HORREURS D'AUTREFOIS | ||
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Sacrée à la nuit Eloignée du monde et du bruit Les yeux de Notre Source-Mère sont contents De voir ce bois, qui se trouve à la nativité du temps Qu’il n'y a pas si longtemps encore tous les siècles vénéraient Aussi beaux et verts Qu'aux premiers jours de l'univers. Un doux zéphire la caresse D'un mouvement tendre et enjôleur Sa grandeur et sa profondeur Font remarquer sa noblesse et jeunesse de cœur. Tous les amoureux quand s’ouvrirent les cieux Avant le déluge Vinrent chercher refuge En se sauvant sur leurs rameaux Où virent-ils à peine les eaux. Que cette épine fleurie Dont le chant langoureux du printemps amoureux Entretienne la rêverie Que nous prenions plaisir à voir Ces monts pendants en précipices Qui, aux coups de désespoir Des malheureux sont si propices Quand la cruauté du sort Oblige à aimer la mort. Doux le ravage de ces torrents vagabonds Qui dans ce vallon vert et sauvage se précipitent par bonds Des serpents glissant sous les arbrisseaux Et sur l'herbe Se changent en plaisants ruisseaux Où quelques naïades superbes Règnent comme en leur lit natal Sur un trône de cristal. Ce marais paisible Bordé d'aulnes De saules et d'osiers Les nymphes au frais Viennent la quenouille travailler Des grenouilles sautent Dans des pipeaux de joncs et de glaise Dés que l’on tente de s’en approcher. Cent mille oiseaux aquatiques Vivent, sans crainte leur repos Avec leurs mortelles pratiques L'un tout joyeux d'un si beau jour S'amuse à becqueter sa plume L'autre ralentissant le feu d'amour Qui dans l'eau même se consume Mais prenant tous un innocent plaisir Dans cet élément. Jamais été ni froidure Depuis que l'un et l'autre durent Ne passent sur cette eau Charrette ni bateau. Aucun voyageur assoiffé Ne se sert de sa main comme tasse Ni gibier désespéré Ne finit sa vie à la chasse Comme aucun hameçon Ne fait sortir aucun poisson. Aimer voir ces vieux châteaux érodés par les ans Que tant d’hommes saccagent Pillent Dévastent par leur barbarie Leur violence Leur insolence. Sorciers Fous Démons Cadavres Couleuvres Nichés dans mille trous. Dans ces lieux remplis de ténèbres L'orfraie de ses cris funèbres Mortelles augures du destin Fait rire et danser les lutins. Sous un chevron de bois Branle le squelette horrible D'un amant maudit qui se pendit Pour une bergère insensible Qui n’eut pas même un regard de pitié Devant cette atrocité. Aussi le Ciel juge équitable Maintenant la loi en vigueur Prononça avec rigueur Une épouvantable mais irrévocable sentence Autour de ses ossements. Son ombre aux peines condamnées En longs gémissements Lamenteront sa malheureuse destinée Pour croître de son crime l’effroi Toujours à jamais devant soi. Là sur quelques marbres trouvés Des vestiges et quelques devises du temps passé Ici un âge presque effacé Là à l'ombrage d'un grand noyer Le lierre croît au foyer Des chiffres Et prénoms sur l’écorce des arbres taillés. Une voûte s’étend Si sombre en certains endroits Que lorsque l’on descend On y voit goutte. Le sommeil au passant sourit Par le silence enchanté Dans les bras de la nonchalance Béatement couché sur le dos Sur des gerbes de pavots. Au creux de cette grotte fraîche Où l'Amour peut geler L’écho ne cesse de brûler Pour cet amant non revêche mais au contraire si fortement épris Sans bruit se laisse aller au charme instruit de cette céleste harmonie Faisant, répéter les accords A la voix qui lui sert de cor. Sortant des ruines Respirer Monter admirer à loisir la vue de cette falaise escarpée Avec un plaisir non dissimulé Puis redescendre lentement dans la fine bruine Retrouver éponge et limon. Comme c’est agréable De regarder la mer Que les vents impétueux Ont rendu respectueuse. Les vagues entraînant et apportant des cailloux Des diamants De l'ambre gris Et mille autres choses encore De prix Vers le bord. Le soleil se fait bien voir Contemplant les visages d’en haut Il est le seul à savoir s’ils sont Ou non à son image Le reflet des cieux A ses yeux Ne rien faire que du beau Du vivant Ne cherchant que le désert En restant seul On s’amuse de discours diserts Celui de l’Esprit pour la nécessité du vide Qui le plus souvent est sien Et aimable entretien. Dans cette poésie Pleine d'ardeur Sont les beaux rayons de la splendeur Qu’éclaire la fantaisie Tantôt chagrine Tantôt heureuse Selon ce qu’offre le feu Et enflamme Les yeux de l’âme Sans contraindre la liberté du chant de l’oiseau Qui en soi s’est incarné. La solitude est l’assurance du sage Qui ne baignant que dans son humeur l’aime Et ne pensant pas à lui Ne peut la haïr Pour la raison même qu’elle ne peut que le servir.
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